Bulletin pédagogique : Les femmes et le Tahtib - Conséquences pour l’homme ?

Publié le par Association Seiza

Voici le nouveau bulletin hebdomadaire made in Adel Paul Boulad, parru après le stage dispensé aux danseuses de la célèbre Assia Guemra.

Le thème abordé : Les femmes et l’art martial du Tahtib - Conséquences pour l’homme ?

Bonne lecture !

Stage chez les danseuses d'Assia Guemra
Stage chez les danseuses d'Assia Guemra

Stage chez les danseuses d'Assia Guemra

Extraits d’une interview pour un site argentin en Novembre 2013

Quelle est la place des femmes dans la tradition villageoise du Tahtib vs l’art martial du Tahtib ?

Aucune femme égyptienne ne participe en tant que musicien ou jouteur aux célébrations rurales. Il est même rarissime d’en voir y assister. L’assistante qui nous accompagnait lors des reportages pour le dossier UNESCO en Avril 2013 était très gênée, malgré notre présence et la bienveillance de nos hôtes.  

Entre 2007-2010, dans le cadre de mes stages internationaux en Egypte et en France, j’invitais des “mea’allemeen” des experts égyptiens. Certains refusaient de pratiquer avec les femmes présentes, des égyptiennes et des occidentales, d’autres acceptaient.  

Un de ceux qui refusent s’offusque. « Qu’est-ce que c’est ça ? » me dit-il alors que je lui présentais une jeune égyptienne motivée, et d’ajouter plus tard “c’est un art martial, les femmes ne sont pas des guerrières, ce n’est pas leur place ». J’avais été témoin d’attitudes similaires dans les années 60 avec des experts japonais.

Un autre expert égyptien (58a) s’est justifié de pratiquer avec une des femmes stagiaires en me disant “c’est un être humain, je pratique volontiers, il n’y aucune raison de ne pas le faire ».  Ce même expert avait refusé, malgré mon insistance, de pratiquer avec un stagiaire prétextant “mauvais esprit, pas collectif, trop solo … ». 

Un autre, plus jeune (47a), me déclare en présence d’un senior (63a) d’un avis opposé, “Je préfère former des femmes, parce que je sais qu’une fois chez elle va influencer son entourage et veiller à l’éducation de ses frères ou de ses enfants ».

Parmi les experts égyptiens qui ont accepté de pratiquer avec des femmes dans le cadre de mes stages, pas un seul n’a pris l’initiative d’ouvrir en Egypte son propre groupe aux femmes.

Pour aller plus loin dans ce sujet, et traiter de la question « la femme et l’art martial du Tahtib » regardons concrètement un des principes fondamentaux du Tahtib : Puissance & Contrôle. Cette analyse pourrait aussi concerner l’homme !

Pour une performance effective de Puissance & Contrôle, l’expérience montre deux prérequis : vitesse et présence. En effet, la formule E=1/2mV² indique que pour la puissance d’impact l’augmentation de la vitesse est considérablement plus rentable que l’augmentation du poids. Cette formule indique aussi que la vitesse concerne une masse “m” qui lorsqu’elle s’applique à tout le corps est plus rentable que seulement la main ou le bras. Par exemple, le corps d’une femme de 60kg lancé à 14km/h génère autant de puissance d’impact que celui d’un homme de 120 kg lancé à10km/h. La même femme lancée à 20km/h génère deux fois plus de puissance que l’homme de 120kg à 10km/h !

Comment faire pour mobiliser tout le corps ?

Quid de la souplesse physique ET mentale qui dédouanent le corps de crispations inutiles !

Comment faire pour transmettre cette énergie sans se faire mal ?

Quid de l’alignement du corps et de la position juste au bon moment, à nouveau la souplesse globale !

Concernant le contrôle, ne serait-ce pas là une résultante de la souplesse globale ET de la présence, présence à soi et présence à l’autre ?

Souplesse et harmonie seraient donc à la source de Puissance et Contrôle.

Homme ou femme … aujourd’hui,

Qui a les qualités requises de souplesse globale, de présence, d’alignement, d’harmonie ?

Qui a envie de développer souplesse globale et harmonie à travers un art de combat ?
Comment distinguer les fausses bonnes excuses (éducation, croyances, poids, hauteur, …) pour ne pas rater l’occasion de produire son talent et se dépasser ?

Y a-t-iI une possibilité que des femmes pratiquent l’art du Tahtib en Egypte ?

Pour l’instant, à ma connaissance il n’y a aucune femme qui pratique le Tahtib martial en Egypte.

A part les adhérentes de l’association parisienne SEIZA et les égyptiennes que j’ai initiées à Minya en Moyenne Egypte ou dans des stages en France, ou celles dans les ateliers décrits ci-dessous, je n’ai pas connaissance d’un autre instructeur qui forme des femmes au Tahtib en tant qu’art martial, en Egypte ou ailleurs.

En Février 2013, lors de notre présentation du Tahtib au Gezira Sporting Club du Caire, plusieurs femmes ont exprimé leur intérêt pour une pratique martiale du Tahtib.

En Avril 2013, le PDG de la société MAPSO a invité ses équipes à participer à un atelier TAHTIB que j’ai produit avec cinq assistants à Guizeh près du Caire. Si la plupart a apprécié, certaines ont brillé par leur expression précise des valeurs qu’elles ont perçues lors de la pratique, effaçant d’une traite leurs préjugés sur le Tahtib (violence rurale, brutalité de gangs, etc.).

(ref on https://www.facebook.com/photo.php?v=552753804746015&set=vb.139424397876&type=2&theater)

A suivre…

Adel Paul Boulad, Décembre 2013

Publié dans Bulletins