Bulletin pédagogique : l'art du geste, comment incarner les mouvements ?

Publié le par Association Seiza

Aujourd'hui plus d'excuses pour se défiler tranquillement. N'ayez plus l'arrogance de vous dédommager, ou la fénéantise de vous croire au dessous des exercices demandés.

Grace à ce bulletin, tous le monde pourra comprendre que se mouvoir est plus une question de volonté que de capacité.

Bonne lecture !

Bulletin pédagogique : l'art du geste, comment incarner les mouvements ?

Un précédent bulletin développe l’art du geste comme une possibilité de qualité d’Impact et de la Relation.

Alors, comment incarner et vivre le mouvement ?

Tous les gestes, déplacements, techniques etc. sont expirés avec le souffle et exprimés avec le sens de soi. Cette expression se fait d’autant plus facilement que la personne se libère des entraves habituelles qui l’empêchent d’être en relation à soi et à l’autre. Les entraves majeurs, activées par notamment par l’orgueil et les vieilles blessures entretenues, sont :

  • les peurs nourries par le déni des réalités (poids, taille, vitesse, espace libre, timing, etc.) ou par l’apparent confort voire l’arrogance de se présenter comme « faible », « victime », « pas capable », « pas à la hauteur », etc.
  • la violence et l’agressivité attisées par des frustrations et des contrariétés (intentions, attentes, communication) de la vie non distinguées et non traitées,
  • la recherche du pouvoir sur l’autre par dépit de ne pas devenir sa propre personne et de se laisser dominer par son propre personnage et sa personnalité.

Libéré de ses entraves, le mouvement prend son sens, l’être s’exprime.

Être la possibilité du

Dans l’expression du geste

CENTRE

Don

Lancer - Jeter

Accueil

Relâcher - Accueillir

Espace

Repousser – Etirer la distance

Liberté

Briser la forteresse – Tournoyer en spirale

Jaillissement

Bondir du sol

Confiance

Absorber, retrait et/ou écart circulaire

Fusion

Aller vers – Converger dans les centres

Harmonie

Unifier Temps & Espace

Renouveau

Pivoter – Changer d’angle

Energie

Relier terre – ciel

Vie

Osciller entre grand et petit, lent et rapide, rythme

La pratique des Arts Martiaux notamment celui du Tahtib et des exercices préparatoires permettent de progresser en conscience dans l’unité globale [corps – être] et dans la distinction des attitudes au cours des entraînements, des présentations en public et dans la vie quotidienne.

Quels sont les leviers d’un socle à la fois mobile et ancré ?

Le déplacement du corps, sa disposition et sa position en relation à (aux) l’autre(s) jouteur(s) sont essentiels pour la réussite des techniques d’attaques, parades, esquives, etc. et de la relation à l’autre. S’exercer d’abord en statique puis en dynamique, linéaire ou circulaire, lent puis rapide, avec les gestes proposés au cours de la séance ou dans le Manuel Tahtib.

Dans les déplacements,

  • Les orteils sont orientés de manière à rassembler le bas du corps. Ils « verrouillent » le « socle ».
  • Le sacrum cherche à regarder devant sous le bassin (inverse de la cambrure).
  • Le bassin se « remplit » du sol via le train inférieur.
  • Les épaules sont relâchées.
  • Le tronc est étiré verticalement par une tête à la fois « posée » sur les épaules et en extension vers le haut. 
  • Le regard est posé, il est à la fois périphérique, concentré sur le sujet et disponible tous azimut.
  • Le souffle accompagne tout en expiration, l’inspiration se fait dans le relâchement à la fin de l’expiration.
  • Les muscles servent à aligner les segments, pas à gonfler le maillot.

Les exercices (1) se font suivant différentes configurations : seul, face à face avec un partenaire, en groupe en cercle, en groupe en 2 lignes face à face, etc.

La configuration tient compte de l’audience et la configuration de la salle, elle est déterminée par l’intention de l’instructeur. Quelle énergie et quelle attitude cherche-t-il à créer ?

Comment tenir le bâton ?

Avec une gestuelle de type lancer // relâcher, et une position correcte du corps – épaule – bras – main, le bâton devient léger et facile à manipuler.

Dans tous les cas, c’est le corps, en déplacement, en rotation, en respiration et « nourri » du sol & du ciel, qui frappe : « body first ! ».

Le mouvement part du centre du corps.

Où est le centre ?

Corps et bâton font un. Le bâton est l’extension du corps, l’expression de l’artiste.

Tous les gestes, les déplacements et les techniques sont expirés avec le souffle et le sens de soi.

La main et … l’autre main ?

La main (2) qui saisit le bâton devient une nouvelle articulation du corps, appelons-là « main-articulation ». Elle est pilotée par un des deux hémisphères du cerveau. 

L’autre main est pilotée par l’autre hémisphère.

La mise en action des deux mains développe les deux hémisphères.

Développer la saisie en priorité par le corps via la paume. La paume est en appui derrière la technique, il n’y a aucune utilité à crisper les doigts.

En fonction des mouvements, l’autre main glisse le long du bâton, et le saisit pleine paume.

L’autre main aura différents rôles :

  • Levier,
  • Appui,
  • Equilibre,
  • Leurre. En joute, elle indique un autre endroit que celui par lequel la frappe va arriver.
  • Orientation, notamment dans les déplacements et les rotations.
  • « main-articulation », comme l’autre.

                                                                  Adel Paul Boulad, Décembre 2013

(1) Ref Manuel Tahtib, Chapitre 2 « Développement du corps et maîtrise du bâton », et dans le Chapitre 3 « Pas d’ancrage », et les Chapitres 4 et 5 « Conventions martiales »

(2) Manuel Tahtib, Chap2, série N°27.

 

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