Bulletin : la poubelle et la poutre

Publié le par Association Seiza

Bonjour à tous !

Comment est-il possible d'harmoniser un groupe où chaque individu a ses émotions et son caractère propres ?

Parfois, en se rendant au Pars ou dans un dojo pour un entrainement, il arrive que chacun puisse être confronté au défi de ses états d'âme et qu'il soit difficile de les laisser à l'entrée. Aussi, ce bulletin apporte un cadre général de comportement, où l'individu s'appuie concrètement sur le groupe et sur l'endroit. Un second bulletin à venir sur ce sujet (le 12 juin) apportera des clés de gestuelle.

Bonne lecture !

A chacun sa posture, à chacun sa présence.

A chacun sa posture, à chacun sa présence.

Samedi dernier, alors que nous avions quasiment conclu la session avec le cercle de sortie, Adrien m’interpelle «  Euuuhh… et les quatre expirations ? »

Avais-je vraiment envie de me retrouver encore face à l’énigme portée par ces fichues quatre expirations… ?

L’ENIGME – les quatre expirations.

En effet, comment ne pas être intrigué par l’écart considérable constaté entre les 4 expirations faites pour clore un entrainement et le niveau de présence au début. Autant ces quatre expirations sont puissantes, expirées, incarnées et exprimées autant l’arrivée s’apparente à une arrivée à la queue leu leu plus ou moins espacées de cargaisons différentes, celles des sourires aussi celles désincarnées, chargées d’absences parfois de griefs, de plaintes certaines assourdissantes de mutisme et pesantes de futilité.  

Débutants, juniors, seniors, nous sommes tous logés à la même enseigne celle de l’humanité, chacun avec son lot de joie, de satisfactions, aussi son lot de contrariétés, d’états d’âme, de frustrations. La preuve… je me plains de la caravane …des plaintes ! 

  • Comment débarquer utilement dans un entrainement ?
  • Comment exporter le bénéfice de l’entrainement dans sa vie ?

LE CHOIX – Jaillir du marécage

Choix N°1. Rester dans sa plainte, s’y complaire la tête basse, le soupir quémandeur « je n’y peux rien… », je n’y arrive pas… », «  ce n’est pas pour moi … », « c’est trop dur… ». Maintenir ce racket vis-à-vis des autres en chargeant encore plus son sac à dos avec des plaintes alors qu’il y a, dans la nouvelle écologie, des poubelles dédiées aux plaintes.

Choix N°2. Jaillir du marécage des frustrations, briser la forteresse de sa propre inauthenticité, changer son regard sur les choses, de vider avec discernement sa poubelle au fur et à mesure qu’elle se remplit. Les quatre expirations permettent de vider celle remplie dans l’entrainement, elles ne vident pas les autres.

Jaillir du marécage est le propos notamment de l’enchaînement Mass’ha (effacement) avec ses gestes remarquables, notamment celui

  • De l’effacement horizontal au sol suivi plus loin d’un effacement vertical desquels jaillissent respectivement des attaques fulgurantes.
  • Du 1er et dernier geste, tous les deux en jaillissement d’une posture compacte et regroupée,

Ces quatre jaillissements s’exécutent dans le discernement. En Modern Tahtib comme dans tout art martial, il n’y a de de place pour l’ « attaque suicide », le geste aveugle.

  • Comment transposer les gestes de Mass’ha en attitude ?
  • Quels sont les leviers offerts par le groupe et par le cadre de la pratique martiale.

L’OPPORTUNITE MAJEURE – Le groupe et l’endroit 

Si le salut en Seiza, décrit dans un bulletin à paraître le 26 juin prochain, est à propos de se réconcilier à soi-même et aux autres, la présence aux autres dans le groupe offre la possibilité physique et concrète de dépasser ses états d’âme en ajustant sa disposition et sa disponibilité, en …

  • Vidant sa poubelle, par décence vis-à-vis des autres, avant de se présenter,
  • étant présent au groupe, ce qui implique d’être là du début à la fin de la session, 
  • Se posant la question « quelle est mon intention aujourd’hui …»

L’endroit physique de la pratique offre l’autre appui utile, celui de l’endroit.

Dans certains do-jo (1), il est d’usage de barrer l’entrée sur les tatamis avec une poutre. Celle-ci force le pratiquant à lever une des jambes pour franchir l’obstacle, à se poser la question de laquelle des deux, la gauche ou la droite, et celle sous-jacente « dans quelle présence/intention es-tu ?»

A cet instant précis face à la poutre, le pratiquant est aspiré dans le présent, de facto sa poubelle reste à l’extérieure.

De la même manière, en sortant du dojo, la poutre lui pose la question de la jambe et celle sous-jacente « qu’emmènes-tu avec toi dans ta vie?»

A Charenton et à Guilleminot, nous avons la possibilité de regarder la limite du tatami comme une poutre.

Au Parc, la poutre serait incarnée par la grille d’entrée.

Pratiquez la poutre !

Adel Paul Boulad, 8 juin 2014

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